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La biodynamie réconcilie
l’homme et la terre


Des agriculteurs biologiques vont plus loin dans leur démarche pour redonner aux sols une vitalité indispensable à la santé des plantes, des animaux et des hommes.

1959_14_EYSSARTL’enjeu

  • La biodynamie vise un équilibre biologique dont le but est d’améliorer la qualité des produits. La méthode préconise des pratiques alternatives pouvant
paraître incompréhensibles aux non-initiés.

• Bénéficiant de la marque Demeter, les agriculteurs
en biodynamie travaillent
en réseau et dans un esprit d’ouverture.

 

Viticulture. Pour la famille vigneronne de La Bardonnie, installée au Château Laroque à Saint-Antoine-de-Breuilh depuis cinq générations, les pratiques biologiques puis biodynamiques sont utilisées sur le domaine depuis bon nombre d’années.
Le choix de la qualité

14_VITIEn 1974, le Château Laroque, situé au bord d’une falaise, à Saint-Antoine-de-Breuilh, est déjà réputé pour ses moelleux et ses vins rouges. C’est l’année où Jacques de La Bardonnie reprend le domaine de 11 ha de vignes d’un seul tenant. Il obtient sa première certification bio en 1987. « On n’a jamais utilisé d’insecticide ni de désherbant sur les terres du domaine, explique le viticulteur. Et notre voisin le plus proche est en bio. »

Une amélioration immédiate
Un jour, sur un marché, il rencontre un producteur de plantes médicinales. « Quand j’ai vu la qualité de ses produits, je me suis dit qu’il fallait qu’on fasse pareil. » À cette même période, Jacques de La Bardonnie fait la connaissance de François Bouchet, spécialiste en viticulture biodynamique de la région.
Dès 1991, il emploie cette méthode. Et dès cette année d’expérimentation, il constate une vigueur accrue de la vigne.
Il obtiendra la marque Demeter deux ans plus tard, en 1993. « Tout ce qu’on fait, il faut le faire avec réflexion. Il faut en connaître la raison. La plante est un être vivant, elle doit être respectée, aimée. Et elle le rend. »
En biodynamie, l’agriculteur accepte de produire moins. « On ne pousse pas le vignoble à produire. On lui donne juste ce dont il a besoin. Du coup, tout se régule de lui-même et on obtient une biodiversité dans la terre plus importante même que dans le bio. Cet équilibre fait que parfois nous subissons moins les conséquences des intempéries que d’autres, alors, finalement, on s’y retrouve. »
Au Château Laroque, toutes les opérations sont réalisées à la main. « L’hiver, on fait le compost de bouse (provenant du Gaec d’Eyssal, lire page suivante) qui va aider à décomposer les végétaux de la vigne. Au début du printemps on pulvérise la bouse de corne à raison de seulement 40 litres à l’hectare. »
Les autres “préparats” biodynamiques ne sont utilisés que spécifiquement. Lors de grand froid, une préparation de valériane permettra de réchauffer la plante. Ensuite, une préparation de silice améliorera la photosynthèse de la plante, qui grandira plus vite.
« On applique ces préparats en fonction du calendrier des semis de Matthias et Maria K. Thun, qui ont travaillé avec Rudolf Steiner », précise Olivier de La Bardonnie, le fils, qui a repris le Domaine en 2007.

Un vin 100 % naturel
Le cahier des charges de la biodynamie oblige à produire un vin entièrement naturel. « Nous n’avons droit qu’à un peu de soufre, et encore, à un seuil très bas puisqu’il doit être inférieur à 70 mg. » L’utilisation de cuivre est également plus faible qu’en bio.
Dans leur recherche de qualité, les vignerons limitent aussi le nombre de grappes de raisin par pied. Le résultat final est « un vin avec plus de matière, plus de résidus secs. Ça donne un vin plus vivant ».
Le Château Laroque pratique la vente directe dans les foires, les magasins spécialisés et chez les cavistes. Étant seul pour gérer le Domaine, Olivier de La Bardonnie regrette juste de ne pouvoir se consacrer un peu plus à la commercialisation de sa production.

Stéphane Bouzon

 


Polyculture. Le Gaec d’Eyssal produit principalement du fromage avec le lait de ses vaches, mais aussi des plantes aromatiques, des céréales, de la viande. Des cultures dont les interactions permettent une autosuffisance à la ferme.
1959_15Le cercle vertueux
La volonté de Christian David et de Hugues Doche, du Gaec d’Eyssal du Domaine d’Eyssal à Lamonzie-Montastruc, est de proposer le meilleur aux consommateurs. « L’objectif est d’avoir le meilleur fromage de France, explique Hugues Doche. Quand je dis ça, ça veut dire qu’on met la barre le plus haut possible. »
En effet, c’est bien d’ambition qualitative dont il s’agit, puisque le Gaec ne compte qu’un cheptel d’une vingtaine de vaches tarentaises. « On a choisi cette race des Alpes pour son lait, précise l’agriculteur. On en a 20 et on n’en veut pas plus. On a mis des années à constituer le troupeau de manière équilibrée. On a préféré ne pas aller trop vite car un équilibre est vite perturbé. »

Les bases
de la culture biodynamique
Les bovins broutent sur 30 ha de prés. Les terres bénéficient de pulvérisations de préparations à base de bouse de corne. Des cornes sont remplies de bouses de vache et enterrées tout l’hiver. Elles sont ensuite déterrées au printemps. Le contenu est dilué dans de l’eau, brassé, puis pulvérisé dans les champs. « Cela améliore la vitalité des sols. » L’agriculteur emploie d’autres préparations telles que silice de corne, pulvérisée sur les feuillages des plantes pour leur maturation, ainsi que des fumures qui reçoivent, elles, des préparations destinées au compostage. « De cette manière, on enrichit les terres plus vite qu’en agriculture biologique. »
Ces bouses de corne, silices de corne et autres fumures sont la base de la culture en biodynamie.
« Pulvériser est une surcharge de travail, explique Hugues Doche, mais le rendement des prairies a été multiplié par deux ou par trois depuis qu’on est arrivé ici, en 2003. Il y a le souci d’améliorer la terre, bien sûr, mais il est aussi question de savoir ce que l’on donne à manger aux êtres humains. Les forces transmises aux aliments au travers des préparations ont pour but de développer le psychique. »
Pour le bien-être des animaux comme des hommes, le Gaec a investi récemment dans un bâtiment, qui remplace la vieille étable exiguë et devenue peu confortable.
Pour l’élevage, le cahier des charges est plus exigeant qu’en bio. Les cornes des bêtes doivent être gardées et l’alimentation doit provenir de la ferme et être produite selon la méthode de la biodynamie.
« La biodynamie, c’est une vision très large. Par exemple, pour nourrir les jeunes animaux, on introduit des racines de légumes dans leur alimentation pour développer leur partie neuro-sensorielle. Pour que leur corps soit construit de façon bien répartie, pour leur équilibre. Si on demande trop à une partie du corps, comme le pis pour avoir plus de lait par exemple, cela crée un déséquilibre qui provoquera forcément des problèmes à un moment. »

La diversité mène à l’autonomie
Le Gaec d’Eyssal respecte le principe de l’autonomie, voilà pourquoi il a fait le choix de la polyculture. L’éleveur a besoin du cultivateur, et vice-versa. Le regroupement d’agriculteurs biodynamiques favorise les échanges et les interactions. C’est la raison pour laquelle le hameau d’Eyssal accueille aussi les Jardins d’Altaïr qui cultivent et vendent des plantes aromatiques et médicinales et achètent la totalité de la production d’aromatiques du Gaec. « En tout, cela représente une vingtaine de personnes qui travaillent en biodynamie. »
Les fromages et la viande de veau, vache et porc sont commercialisés en vente directe, à la ferme, sur les marchés, dans les magasins bio et les restaurants.
« En fait, ce qu’on veut, ce sont des produits préservés au maximum, afin de les laisser s’exprimer par eux-mêmes », conclut Hugues Doche.

S. B.

 

Céréales. Jean-Marie Coulbeaut fabrique et vend son pain, ce qui lui permet parallèlement de se consacrer à la recherche sur les semences de céréales avec l’Inra, l’institut national de la recherche agronomique.
Obtenir de bons rendements autrement

1959_15_BASFils d’agriculteur, Jean-Marie Coulbeaut pratique la biodynamie depuis la fin des années 1970 dans les jardins. Il reprend 15 hectares de terres à la Font de Soulé, à Saint-Georges-de-Monclard, en 1990. « Pour vivre, je vends mon pain. » Sur trois hectares, le céréalier produit de quoi obtenir 15 tonnes de farine moulue. Le pain est ensuite vendu en direct à la ferme, dans des magasins de pays ou sur commande.
« À côté de cela, je fais de la recherche. Mon but est de faire des semences qui s’adaptent à tout type de terrain et à tous les temps », explique-t-il.
Quand il arrive à la Font de Soulé, il fait faire des analyses de sol classiques. « La terre ne contenait plus de potasse, de magnésium, ni d’acide phosphorique. Si on y plantait du trèfle, il poussait, puis il jaunissait et il mourait. »

Retrouver la fertilité
Son expérience d’utilisation des préparations biodynamiques combinée à la rotation des cultures va lui permettre, lentement, de régénérer ses terres. « La biodynamie soigne la terre et les plantes malades. Cela prend du temps, parfois plusieurs années, mais on retrouve de très bons rendements sur des parcelles où plus rien ne poussait. »
L’agriculteur-boulanger rappelle tout de même que les préparations ne sont d’aucune utilité si le travail du paysan n’est pas correctement effectué avant. « Il faut bien préparer la terre en amont, explique-t-il, et mettre une préparation après chaque passage d’outil. »
Le travail de sol ne doit pas excéder une profondeur de 3 à 5 cm, précise Jean-Marie Coulbeaut, afin de ne pas tuer les micro-organismes indispensables à la vie du sol.
Pour revitaliser les terres, le céréalier alterne les cultures. Après une récolte de blé, il sème des mélanges de toutes sortes. « Chaque plante va amener des éléments nutritifs différents et donner au sol tout ce qui est bon pour lui. »
Jean-Marie Coulbeaut participe, ainsi qu’une trentaine d’autres fermes, à un programme de l’Inra sur cinq ans. Le but est de croiser d’anciennes variétés de céréales qui ont des caractères différents, pour faire des mélanges et étudier l’impact de ces variétés paysannes.

Soigner la terre avec des plantes
Pour les semis, il faut respecter des étapes bien précises et des périodes définies, parfois limitées à de courts créneaux horaires. Encore une fois, le calendrier des semis est consulté en permanence par l’agriculteur.
Les mélanges de plantes servent aussi, par exemple, à limiter les problèmes tels que rouille ou carie. « J’ai eu un souci de caries dans le blé. J’ai utilisé du “till cure”, un traitement à base de raifort, à la place du sulfate de cuivre qui inhibe la germination des grains. » Dès que le blé pousse, le “till cure” hypertrophie les champignons. Ceux-ci seront alors tués par le froid.
« Depuis que je fais ça, c’est-à-dire depuis 10 ans, je n’ai plus de problème de carie. »
Le cultivateur multiplie les échanges, pain, céréales, semences, fumure, avec son très proche voisin, le Gaec d’Eyssal, dont les vaches viennent brouter les prés.
« L’intérêt des préparats, c’est de les faire ensemble. Nous avons acheté un dynamiseur en commun, qui sert à dynamiser les préparations dont le prix de revient est proche de zéro. Si on compare une ferme traditionnelle et une ferme biodynamique, au final, le résultat financier est le même. En biodynamie, on produit certes moins, mais cela coûte beaucoup moins cher à produire. En fait, c’est une vision à long terme. »


S. B.


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