Élevage. La coopérative Périgord Porc a entériné mardi dernier sa volonté de mener à son terme la fusion-absorption par Alliance Porci d’Oc, de l’Aveyron.
Périgord Porc
va fusionner avec APO
« Pour les éleveurs périgourdins, ça ne changera rien, au contraire, ça ne peut que leur apporter du plus », se réjouit Jean-François Renaud. Alors que s’achève le conseil d’administration de Périgord Porc, le président de la coopérative est satisfait de constater que la fusion-absorption avec Alliance Porci d’Oc (APO) s’engage sur une bonne voie. En effet, le conseil d’administration de Périgord Porc s’est déroulé mardi et a entériné le projet. Celui d’APO a lieu aujourd’hui, à Rodez (Aveyron, siège du groupement) et devrait valider également ce projet. Dans un mois, ce sont les assemblées générales des deux structures qui acteront cette décision. « Mais il ne faudrait pas croire que tout s’est fait très vite. Nous avons pris le temps et nous nous connaissions depuis un moment », disent ensemble les deux présidents, le Périgourdin Jean-François Renaud et l’Aveyronnais Norbert Pradalier.
Périgord Porc compte une trentaine d’adhérents et produit environ 75 000 porcs abattus et découpés aux abattoirs de Thiviers et Bergerac ainsi qu’à celui d’APO à Rodez. Avec l’absorption-fusion, qui techniquement était plus simple à mettre en œuvre, cette répartition géographique de l’abattage ne devrait pas changer.
À la recherche d’un partenaire
La coopérative périgourdine était à la recherche d’un partenaire depuis un certain temps. « Le nombre d’éleveurs et de porcs diminuait, ce qui limitait de plus en plus nos moyens techniques, explique Jean-François Renaud. De plus, les exigences financières d’Arcadie, à Thiviers, devenaient de plus en plus difficiles à suivre pour nous. Il faut savoir que pour toute augmentation de capital, nous, ce sont directement nos adhérents qui la payent. Or, là, il nous fallait réemprunter pour recapitaliser Arcadie, nous n’avons pas les moyens et ce n’est pas notre rôle. Même si nous avons toujours la volonté de travailler avec Arcadie. »
Les responsables de Périgord Porc souhaitaient trouver un partenaire dont le pouvoir de décision était entre les mains des éleveurs, « avec la même philosophie que nous », résume Jean-François Renaud. Ce que confirme le président d’APO, Norbert Pradalier, « chez nous, l’éleveur reste l’acteur. D’ailleurs, avec la fusion-absorption, des Périgourdins seront membres du conseil d’administration et du bureau d’APO ».
Le projet tel qu’il est écrit se veut gagnant-gagnant. APO va apporter toute la variété de ses services techniques aux adhérents périgourdins. Quant à Périgord Porc, il permet à APO de se renforcer comme acteur régional, d’accroître le nombre d’adhérents susceptibles de bénéficier de ses services. Par ailleurs, localement, APO conservera le siège de Trélissac ainsi que les cinq employés.
Et, au moment où les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées viennent d’obtenir une IGP porc du Sud-Ouest, les deux structures vont bénéficier d’une synergie commune, avec l’espoir, nécessaire pour tous, d’attirer de nouveaux éleveurs.
Lionel Robin
Alliance Porci d’Oc
Alliance Porci d’Oc (APO) est une société coopérative regroupant 190 éleveurs, sur les départements de l’Aveyron, du Tarn, du Tarn-et-Garonne, de l’Aude et de la Lozère, pour près de 14 000 truies. APO exploite 360 000 porcs charcutiers, dont 265 000 des adhérents. Elle possède 6 maternités collectives, travaille sur deux unités d’abattage-découpe, à Rodez (Aveyon) et à Lacaune (Tarn). APO emploie environ 300 salariés et son chiffre d’affaires s’élève à 108 millions d’euros.
Témoignage. Christian Teulet est en Gaec avec son frère à Journiac, avec deux productions : la blonde d’Aquitaine et le porc. Les cours de ce dernier sont encore trop bas pour permettre à l’éleveur de gagner normalement sa vie.
Un à deux centimes par tranche de jambon
Christian Teulet le reconnaît volontiers : 2012 a été une meilleure année que les précédentes avec des cours un peu mieux orientés, « ça m’a permis d’équilibrer, ce que nous n’avions pas pu faire en 2011 ». Pas de quoi s’enflammer non plus pour l’éleveur de porcs de Journiac. Et de bonnes raisons de réclamer, comme d’autres, une revalorisation des cours du porc.
Le Gaec de Dognon est composé de Christian Teuler et de son frère Pascal. Il est orienté vers l’élevage avec une centaine de blondes d’Aquitaine et 550 truies, sur une SAU de 120 ha, soit 110 en prairies et 10 en maïs. « Pour les porcs, nous sommes naisseurs-engraisseurs et adhérents de Périgord Porc. Nous livrons à l’abattoir de Bergerac pour Périgord viandes et Coudeyrat ainsi qu’à celui de Thiviers pour Arcadie », précise
Christian Teulet. Cette production représente près de 90 % du chiffre d’affaires d’environ 2 millions d’euros. Le Gaec emploie six salariés dont un à temps partiel.
Le consommateur est un prétexte
Grosso modo et tout compris, le porc est acheté à l’éleveur à une moyenne de 1,60 € le kilo. « Pour qu’on gagne notre vie, il faudrait qu’il nous soit payé entre 1,80 et 2 € le kilo », souligne l’éleveur de Journiac.
Pour bien comprendre, il faut s’imaginer que le Gaec de Dognon fabrique 4 000 tonnes d’aliment par an, avec des céréales, du maïs, du soja et d’autres compléments indexés sur le prix du soja. Le coût alimentaire s’élève à 220 €/t, soit 660 000 € l’an dernier. Le soja, lui, est à 450 €/t et il en faut 60 t par mois au Gaec de Dognon.
« La grande distribution refuse toute augmentation au nom de la défense du consommateur. Alors que le minimum de 0,25 €/kg ramené à la tranche de jambon, ça représenterait 1 à 2 cts. Et nous, nous pourrions vivre », explique Christian Teulet. De plus, l’éleveur, à l’instar de la Fédération nationale porcine, réclame un étiquetage VPF (viande porcine française) sur tous les produits, y compris les salaisons et les charcuteries.
L’avenir de cette production est à ce prix et, aujourd’hui, les éleveurs périgourdins sont prêts à le faire savoir en manifestant s’il le faut.
Lionel Robin